Les casseurs n’existent pas


Au même titre que la figure de ‘l’anarcho-autonome de l’ultra-gauche’ n’existe pas, celle du « casseur » est une construction à la fois politique – annuler le sens et la portée du geste, et médiatique – simplifier le propos. De concert, les champs médiatiques et politiques agissent contre la complexité et l’importance de l’événement.

Tout d’abord, même si c’est bien une majorité de jeunes blacks (BLOC) et rebeus (REBEL) forment le gros des troupes, il y a certains blanc-becs, certains vieux mecs, certains bourgeois parmi les émeutiers. Ensuite, et à la différence d’une distraction infantile que voudrait nous vendre les gens de presse et de palais, la destruction n’est pas la volonté gratuite et nihiliste de détruire pour détruire. En tout cas pas seulement.

Car si tous n’impriment pas un geste politique sur leur action, il survit toujours l’expression, certes violente, d’un point de vue. Les boites d’intérim ne brulent pas par hasard, les banques ne représentent pas des cibles totalement aléatoires…

Si tous ne semblent pas se douter du sens plus profond de leur acte, le rôle de l’inconscient ne doit pas être sous-estimé. Derrière chaque flic visé, bagnole brulée, derrière chaque institution économique – banque, boutique etc. ; ou étatique – école, bibliothèque etc, c’est un symbole s’échappe.

Même si dans l’impossibilité de canaliser et de rediriger la violence vers son expéditeur certains jeunes se trompent d’ennemi – la voiture du voisin ou la bibliothèque du quartier, rien ne doit justifier que l’on continue à désigner ceux qui, à leur manière, se révoltent, sous le vocable injuste et réducteur du « casseur ».

La violence des émeutiers oui, la société aussi est violente.

L’exemple de la voiture du voisin brulée ou de tout autre cible circonscrite aux zones de relégation que sont certains quartiers, est certes contre-productive pour la lutte mais efficace pour l’État qui peut ainsi diviser la population en deux catégories. Dresser les uns contre les autres en jouant avec les représentations. Il y aurait alors les bons citoyens…et la racaille, selon l’expression du ministre/président Sarkozy.
Les émeutes ne sont donc pas tellement un véritable problème pour le pouvoir tant qu’elles demeurent localisées dans les lieux du pourrissement urbain : les banlieues pauvres.

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