Facebook, fichage volontaire et fausses amitiés.


Prolétariat moderne, voilà ce que bon nombre d’entre nous, travailleurs ou pas, riches ou pas, sommes. Celui d’une industrie qui ne produit pas que des biens et services mais aussi de la domination et, évidemment, du contrôle. Des biens et des services, du rien et des sévices. (ceci n’est pas du slam)

En exposant nos vies aux autres, à ces autres que l’on dénomment « amis », c’est quelque part (virtuellement s’entend) participer généreusement – et de manière acritique surtout – à l’entreprise de fichage et de « profiling » publicitaire que propose Facebook à ces clients.

Participants tantôt heureux – au sens d’imbéciles heureux -, tantôt jouant le rôle résigné des obligés de la fashion (il FAUT être sur Facebook), nous nous soumettons à l’exploitation incontrôlée et incontrôlable de nos données personnelles, sans réserve.

Naïf celui qui verra dans les promesses quant à la protection des informations un gage de sécurité. Facebook n’est pas là pour apporter de la sécurité mais se blinder la panse de profits et ils doivent bien rigoler en rédigeant leurs règles de confidentialité.

L’option du « tag » (étiquetage en français) pose déjà la question de l’anonymat. Le « tagging » ressemble déjà à la pratique de la dénonciation, du ragot, et à une certaine collaboration d’avec l’ennemi, l’ennemi de la guerre calme : quotidienne et discrète.
Untel était présent à cette soirée ou dans cette école, tiens c’est qui cette fille qui t’embrasse, là, oui là, ou encore : tiens il est bien tard, ce mec ne dormait pas à 3h00 du matin ?
La vie de chacun, sur le principe des émissions de télé-réalité, s’exhibe et se partage – au sens le plus dénué de partage qui soit, : même les messages « personnels » sont désormais visibles de tous avec le « wall-to-wall ». Ce dernier, sorte de faire-valoir mutuel et de mur de trophées de l’excellence en sociabilité, ne dissimule plus rien tout en excluant les autres. Les autres, je pense ici, à ceux qui lisent ce genre de correspondance sans y participer. Rien de plus violent et de grotesque que cela.

Les gens peuvent également vous supprimer, supprimer vos commentaires, supprimer ce qui ne colle pas à l’image qu’ils entendent se donner d’eux-mêmes, et également sélectionner les membres de leur « entourage ». Entourage mondain le plus souvent que cercle d’affinités réelles. Reflétant le système calculateur et utilitariste du capitalisme, ici la règle, c’est justement le de capitaliser le plus possible de fausses amitiés. Dans la perspective de se créer le réseau social le plus lucratif (sur le plan symbolique au moins) qui soit.

Pour finir sur la notion d’amitié sur Facebook, il faut dire qu’il est bien plus facile d’ajouter des sois-disant amis que d’aller leur parler en les croisant dans la rue. Bien plus commode d’avoir un sujet de conversation dans ce réseau virtuel que dans la vraie vie du réel. Facebook dispense du courage et de la difficulté de trouver le bon ami, puisqu’au fond tout le monde peut désormais être ton ami.
En réalité, Facebook ressemble à ces aéroports, ces gares, ces salles d’attentes, où l’on croise toujours une vieille connaissance avec laquelle on avait pourtant jamais vraiment parlé mais qui, étrangement, devient durant quelques minutes ou quelques heures, le meilleur ami de notre petit monde globalisé.

Facebook entend rassembler, Facebook, comme tout nouveau gadget, entend apporter son lot de nouveautés alors qu’il dépossède encore un peu plus l’homo numericus de son rapport au monde, de son rapport à l’autre.
En ce sens Facebook n’est rien d’autre qu’une régression, de la sphère privée certes, mais également de l’amitié. Une amitié dont il fait perdre le sens et la valeur… sauf marchande, bien entendu.

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